Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 15:12

"Le monde de tous les jours est peuplé d'événements médiatisés, neutralisés qui arrivent sous forme de flashs et de reportages inlassablement rediffusés. L'histoire est une histoire racontée à une société spectatrice et infantilisée. Plus besoin de la vivre."

 Alexandre Wong

                                                                                                                                                      Comment faire théâtre de la guerre contemporaine, s’est posée comme question la jeune dramaturge Alice Zeniter. A l’heure de la communication reine, le théâtre des actions laisse la place à la médiation de sa relation. La mise en scène d’Urszula Mikos nous montre une représentation de la représentation, qui englobe le spectateur mais le cantonne dans son rôle de spectateur, jouant sur la frustration et la mise en abyme.

L’auteur a travaillé sur les clichés relatifs à l’armée et leur dualité passe-partout : la femme, repos du guerrier et l’attrait de l’uniforme, l’homosexualité latente et la virilité, l’honneur et la brutalité, les frappes dites « chirurgicales » de la guerre contemporaine, l’horreur et l’innocence…

La scénographie d’Urszula Mikos situe d’emblée un terrain militaire dans le désert, avec des sacs de sable entassés en fond de scène, des branches d’arbre mort stylisant l’extérieur, quelques éléments épars. Mais il est empreint d’irréalité, car les murs, les sacs, le lieu pour tout dire, sont badigeonnés de blanc, renforçant l’impression de cube de la scène et de son étrangeté, un ailleurs improbable. Les objets disséminés sont une épure. L’image du terrain militaire s’impose mais en même temps elle sonne comme un décor, un factice revendiqué.

Evelyne Bennati

 

Des caméras omniprésentes comme seuls remparts contre cette barbarie.Elles cherchent le héros. Elles tentent de préserver son image, de préserver les dernières miettes de beauté – ou plutôt de réinjecter de l'humain là où il n'y a déjà plus que des monstres.Une caméra qui retient de verser dans la barbarie, parce qu'on sait que ceux qui nous aiment nous verront et qu'ils ne nous reconnaîtront pas, ne nous accepteront pas dans cet état. Des caméras qui se désintéressent parce qu'il n'y a pas assez. Pas assez de quoi? «Si les caméras ne reviennent pas, on aura l'air de tueurs.» A trop vouloir jouer aux petits soldats, on finit par exposer ses tripes au grand air. Ca sent mauvais. Les horreurs perpétrées sont toujours plus visibles quand on perd.

 

Marianne Bruno

 

Facilement manipulé et fabriqué par des forces extérieures : le pouvoir des médias, d’une certaine culture, de la politique le monde virtuel des rêveries, des fantasmes, des obsessions peut se révéler fallacieux. Le décalage entre la vie réelle, parfois prosaïque et dure, et un monde « imagé » et virtuel ne peut nous amener que vers la frustration et la perte de contrôle de soi ou vers la somnolence et la passivité.

La société nous offre d’ailleurs de plus en plus de moyens pour augmenter ce décalage : la vie de tous les jours se durcit alors que « les écrans » se colorent, se peuplent de jeux, les journaux se remplissent d’articles hagiographiques, de descriptions de personnalités modèles, de philosophie vulgarisée. Ces filtres contribuent à dissoudre notre conscience dans des détails commerciaux, nous fabriquant tendances et modes, sorte de drogues à notre portée pour nous isoler de plus en plus et nous ôter toute possibilité d’agir. Si l’art pouvait apparaître comme une échappatoire possible, il s’est laissé progressivement contrôlé par un pouvoir marchand et une nouvelle race régnante, celle de l’intellectuel bourgeois légèrement bohème.

Urszula Mikos

 

Partager cet article

Repost 0
Published by la fabrique mc11
commenter cet article

commentaires