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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 17:30

 

 

 Spécimens humains avec monstres

d’Alice Zeniter, mise en scène par Urszula Mikos

 

Texte lauréat de l’aide à la création du CNT. DMDTS.

Aide à la reprise d'ARCADI.


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  Photo : Thomas Duval  / plasticien Victor Férès

 

 

 Avec

Jean-Baptiste Azéma

Nathan Gabily

Catherine Gendre (sur vidéo)

Michel Gravero (sur vidéo)

Michel Quidu

Pearl Manifold

Yves-Robert Viala

...

 

Vidéo : Grégory Mc Grew, Eric Angels

 

 

Une guerre où les amis d’hier deviennent les meilleurs ennemis. Une guerre fratricide... répétition de cette histoire de l’humanité : « on se ressemble forcément quand on veut si fort la même chose. » Une guerre « propre » comme celle que l’on voit à la télé ou que l’on lit dans les journaux. Une guerre qui, si elle n’est pas validée par l’image, n’existe pas. Une première pièce d’Alice Zeniter, jeune auteure et romancière de 24 ans.

 



 
Entretien avec Urszula Mikos

  

Qu’est-ce qui vous a donné envie de monter cette pièce ?

 

U.M. : La pièce d’Alice Zeniter nous parle de la guerre, ce qui n’est pas nouveau comme sujet. Spontanément, ce n’est pas le genre de textes qui m’attire car il très facile de se faire entraîner sur la pente du spectacle à message. Il s’agit aussi d’une thématique très connotée, qui résonne avec l’actualité. Or, je ne veux pas transformer la scène de théâtre en un simple lieu de débat. Le travail théâtral doit se projeter bien au-delà.

 

La guerre apparaît ici comme un prétexte pour toucher quelque chose de plus universel. La mise en scène de l’armée est représentative d’un phénomène essentiel : la volonté d’appartenir à un groupe, à une communauté, parfois pour mieux abandonner sa responsabilité d’individu. Ce qui est omniprésent dans cette pièce, c’est cette glorification de l’uniformisation.

 

Un autre élément intéressant est le rapport aux médias. A une époque où nous sommes en permanence submergés d’informations, paradoxalement, nous comprenons de moins en moins ce monde dans lequel nous vivons. C’est un peu la même chose dans cette pièce. Plus on plonge dans l’univers de la pièce, plus on a l’impression d’être dans un monde fantasmé, fictif, étrange, éphémère…

Facilement manipulé et fabriqué par des forces extérieures : le pouvoir des médias, d’une certaine culture, de la politique le monde virtuel des rêveries, des fantasmes, des obsessions peut se révéler fallacieux. Le décalage entre la vie réelle, parfois prosaïque et dure, et un monde « imagé » et virtuel ne peut nous amener que vers la frustration et la perte de contrôle de soi ou vers la somnolence et la passivité.

La société nous offre d’ailleurs de plus en plus de moyens pour augmenter ce décalage : la vie de tous les jours se durcit alors que « les écrans » se colorent, se peuplent de jeux, les journaux se remplissent d’articles hagiographiques, de descriptions de personnalités modèles, de philosophie vulgarisée. Ces filtres contribuent à dissoudre notre conscience dans des détails commerciaux, nous fabriquant tendances et modes, sorte de drogues à notre portée pour nous isoler de plus en plus et nous ôter toute possibilité d’agir. Si l’art pouvait apparaître comme une échappatoire possible, il s’est laissé progressivement contrôlé par un pouvoir marchand et une nouvelle race régnante, celle de l’intellectuel bourgeois légèrement bohème.

  

Depuis très longtemps, je m’intéresse aux auteurs vivants parce qu’ils sont en phase avec l’actualité. Leur langage, leurs personnages, l’éclatement de la structure théâtrale, de la forme traduisent notre rapport au monde chaotique. Mais ce qui m’intéresse avant tout dans leur texte, c’est cette force que l’on retrouve dans les textes classiques, cette capacité à placer la nature humaine au centre du propos, à universaliser.

  

Qu’est-ce qui vous interpelle spontanément dans l’univers de Alice Zeniter ?

 

U.M. : À la lecture de ce texte, j’ai été frappée par le sentiment que les personnages s’apparentaient plus à des figures, qu’à des êtres de chair et d’os. La femme du général Pol, par exemple, est décrite comme l’archétype de la femme parfaite. Chaque minute de sa vie est réglée, calculée, ciselée. Elle sculpte sa vie comme une œuvre d’art. L’apparence a pris le pas sur l’être, l’individu. Il semble alors inévitable que quelque chose déraille.

 

Tous les personnages sont obsédés par l’idée d’apparaître comme des héros à la caméra. Mais ça ne les empêche pas de commettre des actes monstrueux, hors champ. L’important est de sauver les apparences.

 

Quelles pistes de mise en scène pouvez-vous imaginer à ce stade de votre travail ?

 

U.M. : Lors des représentations, je voudrais insister sur le vertige et le mélange des langages, les univers qui se côtoient. J’aimerais aussi souligner la superficialité du spectaculaire produit par les images et médias, et lui opposer la violence d’émotions qui ne parviennent pas à se former ou se manifester.

Et pour révéler cette énergie, il semble important de transporter la scène par une véritable force de jeu... le spectateur séduit par le spectaculaire, par le vertige des sens,  la puissance des paroles manipulatrices, par l’envie de communion pourra ainsi être projeté soudainement vers le vide et la nudité... Cette moderne catharsis le mettra face à ses propres envies : le plaisir facile du voyeurisme et de l’autosatisfaction - il n’existe ainsi rien de plus démoralisant qu’un théâtre fier de lui, qu’un public qui applaudit lorsqu’on vient de flatter ses tendances et par là de le tromper. Pensant à l’époque nazie, Bond écrivait que tout uniforme appelle la nudité... le plaisir trompeur appelle à des somnolences et à la dissolution de l’être, l’engagement fanatique nous évoque les stades et la nudité des cadavres.

 

urszula-mikos.over-blog.com

 

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Published by la fabrique mc11
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