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LES UBERYOU constituent un espace de recherche théâtrale sans autre préoccupation que l'intérêt et la richesse de processus de travail. 

 

La nécessité d'expérimenter librement, de se confronter aux différentes problématiques scéniques est un besoin malheureusement rarement exaucé. Les nécessités financières conditionnent souvent notre travail.

Urszula Mikos propose en toute simplicité un espace de recherche et de confrontation libre, qui n’exclura pas une confrontation au public.

 

Urszula Mikos invite dans cet espace des artistes qui ont envie de créer d’échanger sans se préoccuper des questions de production ou de diffusion.

 

Les UBERYOU sont des manifestations théâtrales ou parathéâtrales visant à interroger les limites du théâtre, à explorer de nouveaux modes d’expressions, des formes singulières, l’expérimentation de nouveaux langages dramatiques, des manifestations interdisciplinaires…

 

Les UBERYOU apparaissent  comme des espaces où l’on se donne la possibilité d’expérimenter, de tester... Dans ce laboratoire, seront invités tous ceux qui ont un intérêt pour un processus de travail, le plaisir d’expérimenter et non par le « produit » théâtral. La confrontation, l’échange d’expériences, l’exigence d’une recherche doivent apparaître comme les seules motivations des rencontres.

 

Les UBERYOU, même s’ils se sentent concernés par notre situation actuelle sociale, politique, artistique... choisissent d’éviter toute dénonciation facile, tout théâtre réduit au documentaire militant qui tente de modeler des opinions sans réelle interrogation essentielle... ils préfèrent se tenir ouverts et sensibles aux problèmes nous concernant au travers de recherches expérimentales et artistiques.  

 

En 2001, Urszula Mikos créée un espace de recherche théâtrale UBERYOU, hommage au groupe d'vant-garde russe des années vingt OBERIOU (Association pour un Art Réel). Considérée comme la forme russe du dadaïsme littéaire, ce système politique se fondait sur la lutte contre les sens, étant entendu que le "non-sens", ou l'insensé se voulait essentiellement acte de libération et moyen d'accéder à une catégorie supérieure de sens, alors qu'à cette période se mettait en place un système où le sens devenait une catégorie qui se décidait en haut lieu. De nombreux poètes de ce groupe étaient voués à la répression et au silence, certains même exécutés.

 

Dans ce cadre naîtront plusieurs événements sous la direction d'Urszula Mikos, entre autres le festival Machine A Détestation (dés)organisé en 2010 présentant des conférences, performances, installations et mises en jeu. FLASH ART, prévu pour 2013, proposera des invitations sur un weekend d'artistes performeurs, retransmises en direct sur internet.

  

MANIFESTE DES UBERYOU

(Performance – conférence - installation – mise en jeu)

« Pour être humain, il faut parcourir les extrêmes de l’expérience humaine »  E. Bond

•  En fonction des matériaux et thèmes choisis, changement de forme et de méthodologie de travail.

• Confrontation des univers sur des bases aléatoires : limite et transgression, conceptualisation et hasard, fragilité et performance, construction et destruction.

•   Mise en péril des règles de perception habituelle : pas d’espace, pas de temps, pas de couleur, aucune dimension, pas de mouvement... pas de sujet, pas d’objet, pas de matière ou de symbole, pas de signe ou de douleur, pas de distraction ou de superficiel... association de sens et non sens... pas de jeu d’échec... refus des plaisirs du combinatoire.

• Résistance aux tentations du superflu, travail en profondeur, sur des vibrations souterraines pour créer des tensions, des violences oppressantes...

•  Résistance aux tentations du superflu, travail en profondeur, sur des vibrations souterraines pour créer des tensions, des violences oppressantes...

•  Refus d’une opposition entre passé et présent... recherche d’un pont entre les formes archétypales et les nouvelles technologies.

• Refus de toute provocation gratuite (joie du bohème intellectuel d’aujourd’hui, rappelant certaines facilités des années 70) mais concentration sur l’intensité et la limite... ne pas chercher à plaire, à séduire... chercher la confrontation... le vertige, l’oppression, la réflexion...

 

Notre objectif

 

Nous savons que pour avancer dans la création il nous faut progresser dans la recherche, dans la remise en question et dans le questionnement intense sur le théâtre aujourd’hui, nous savons que sans cela le théâtre se figera, développera des clichés et déclinera.

Nous tacherons de définir ce qui sépare le théâtre des autres catégories du spectacle, le théâtre est un acte accompli ici et maintenant dans les corps des acteurs, face aux autres, la réalité théâtrale est instantanée. Le théâtre n’est non pas illustration de la vie mais quelque chose près de la vie, ce n’est pas encore la vie décrite mais la vie imaginée, c’est une ouverture d’un possible et non une reproduction à l’identique.

Nos démarches se focalisent sur le rapport entre les deux ensembles formés par les acteurs et les spectateurs. Ainsi, le travail sur la construction de la forme, sur l’expression, sur la structure de chaque représentation sera lié au rapport au public. Chaque représentation reposera sur le collage, le montage entre texte dramatique et non dramatique, texte identifiable et texte non monté encore et peut être improbable, leurs modes d’expression s’accompagnant d’une recherche de relation essentielle entre acteur et spectateur.

Le dispositif de la représentation peut ainsi être redéfini à chaque nouvelle proposition. Eloignement, rapprochement, théâtre simultané, conférence, confession, image, rêve, jeux de paroxysme et désarmement de comédiens, tous ses éléments aideront à redéfinir le rapport du spectateur au spectacle. Le public doit accepter des moments d’égarement, la rupture du fil narratif, la soudaine suspension de l’histoire, l’interruption à l’aide d’un interlude sans rapport direct avec le récit, et un certain nombre de procédés conçus pour compliquer et submerger les habitudes routinières de visualisation.

Il n’est pas question d’attaquer le public ou de le mettre mal à l’aise, ce n’est pas un théâtre masochiste que nous cherchons, il faut le délivrer de la superficialité de ses attentes, de son désir de récompense.

Les lignes directrices seront établies pendant le travail, les textes traités comme modules de l’ensemble qui va se créer en direct pendant la représentation en un constant va et vient entre la structure établie et les changements introduits pendant le spectacle.

L’acteur aura ainsi à réaliser une partition qui peut changer en cours de représentation, l’ordre des textes pouvant être déterminé au fur et à mesure du spectacle, suivant la relation entre personnage, rythme, pause,  musicalité du langage, tension, surprise.

La liberté nécessaire à cet exercice n’a ici rien à voir avec l’improvisation : la composition ouverte de l’ensemble et la maîtrise parfaite de chaque partition doit provoquer une sorte de tension dans les interactions des éléments... cette tension permettra de laisser apparaître des fissures semblables à celle de la vie et donnera l’impression que le spectateur assiste à un processus en cours.

Nous considérons que la technique personnelle de l’acteur est le noyau de l’art théâtral, le comédien doit être capable de construire son propre langage de la même manière qu’un grand poète invente son langage. L’acteur ne doit pas tenter d’acquérir des recettes en tous genres ni se constituer une boite à trucs. Son point de départ reste le courage d’être désarmé, le courage de se dépouiller lui-même, se trouvant ainsi devant une alternative extrême : soit se vendre, déshonorer son moi « incarné » et faire de lui-même un objet de prostitution artistique ; soit se donner lui-même, en sanctification de son moi « incarné».


Le spectateur

 

Ce qui nous concerne c’est le spectateur qui souhaite réellement par la confrontation avec le spectacle s’analyser lui même. Nous ne travaillons pas pour le celui qui va au théâtre pour satisfaire ses besoins sociaux « culturels » autrement dit pour avoir quelque chose à raconter à ses ami(e)s ou dire qu’il a vu telle et telle pièce et que c’était intéressant.

L’essence du théâtre est une rencontre. Celui qui accomplit un acte d’autorévélation et, pour ainsi dire, celui qui établit un contacte avec lui-même, cela veut dire une confrontation extrême, sincère, précise et totale, pas seulement une confrontation avec ses pensées mais une confrontation qui implique tout son être, depuis son instinct et son inconscient jusqu’à son état le plus lucide.

"Le public ne doit pas chercher la cohérence en permanence, mais retrouver son vrai statut, sa dignité en générant lui-même le sens, assumant confusion et faisant l’expérience de la pièce, moment  après moment, vérité après vérité, contradiction après contradiction. Le sens naît précisément d’une dissolution de la cohérence. Rompre avec de fausses règles de conduite au théâtre, c’est permettre l’accès à l’imagination. Il faut donc éviter d’entrer dans le divertissement, dans l’œuvre à message ; ce jeu de bienfaisance paternaliste opposant celui qui sait à tous les autres qui ne savent pas. La scène ne peut se limiter à un débat, c’est un terrain de jeu. Et comme les jeux d’enfants, elle invente son territoire d’expérimentation et d’apprentissage, sans besoin d’une légitimation venue d’extérieur. Elle traite de l’impossible et tire son immense autorité spirituelle de cette question simple « et si… ? » et non du banal « saviez vous que… ?" Howard Barker

 

Et l’art alors ?

 

Aujourd’hui, l’art ne croit plus en des règles et en des valeurs garanties par les siècles précédents : l’immobilité de l’être et l’ordre du cosmos. Il dépasse l’espace sacré qui lui était imparti. Dès lors, on a commencé à s’interroger sur le langage de l’art contemporain et à lui attribuer une nouvelle existence ontologique. Le conceptualisme a placé cette question au cœur même de sa réflexion, remettant en cause le statut de l’artiste et questionnant sur l’inutilité croissante de l’art. Ce mouvement stipule que c’est à l’artiste de prendre conscience de sa situation critique et d’analyser sa position dans la problématique de l’existence de l’Art… C’est à l’artiste de se définir et de définir ses objets pour annuler les procès destructifs qui le menacent.  

L’art n’est-il pas qu’un exercice d’autodérision, une lutte éternelle entre forme et matière, entre intérieur et extérieur (moi et le monde), entre concret et éternité ? Là où l’art rejoint la vie, l’homme est condamné à créer comme on est condamné à vivre…

La réalité du marché modèle les goûts des spectateurs, imposant ses valeurs absurdes, et parfois triviales… le poussant même à réaliser des désirs fabriqués et éloignés de ses besoins réels. Dans ce processus de fabrication et de multiplication des modèles, il n’existe plus de place pour une création riche, courageuse, intense et autonome.

 

"L’origine de l’art : il s’agit d’une pulsion, comme la pulsion de vivre, de manger, d’aimer. Les pulsions font partie de la structure de l’homme et la pulsion d’une chose peut être forte chez une personne et faible chez une autre… Mais il n’y a jamais que peu de personnes douées en matière d’art. Cette minorité se retrouve donc en position d’exception et selon les modes on se moque d’elle, ou l’on s’indigne, ou on la porte aux nues…" Kurt Schwitters

"Ceux qui ont abouti à un certain succès ne peuvent s’accorder avec ce qui leur arrive. L’art aiguise l’appétit. Même la popularité, toujours, semble insuffisante (pas complet). Quotidiennement, on rencontre le mensonge qu’on peut nommer auto-réputation ; Ce mensonge n’est pas seulement nécessaire pour se mettre à l’aise ou pour conserver l’équilibre spirituel mais aussi pour garder ou pour tenir ce qu’on a déjà réussi à faire. Si un chanteur va dire à tout le monde que la Scala lui a été fatale, personne n’acceptera plus de lui parler. On observe ici, que la société ordonne même de mentir."Boguslaw Schaeffer

"La position de l’artiste a baissé et il semble qu’elle atteint que d’un côté, elle atteint la fin de son existence jusqu’à l’humiliation. Les aberrantes commandes des bourses, des fondations, les subventions ressemblent plus à des aumônes ou à des assurances sociales qu’au mécénat. Sur cette multiplication quelqu’un peut trouver un intérêt mais pas l’art ! L’art compte seulement sur sa propre plénitude. L’époque de l’importance de l’artiste est passée ; dans la nouvelle époque, soit on empêche à l’artiste de parler, soit il parle à lui-même." Boguslaw Schaeffer

"Du futur, je n’attends réellement rien, puisque notre terre a derrière elle des milliers de siècles de développement et il n’y a pas de raison de croire que des idiots complets ont conduits les affaires des hommes. Je suis aussi enclin à dire dans cet esprit que l’homme autour de moi, en matière de dons, est doué plusieurs fois autant que je le suis. Même si en dépit de cela on a souvent l’impression d’être bouclé dans une maison de fous… Mon opinion est que beaucoup de cuisiniers crachent dans la soupe et qu’ils feront toujours de même dans le futur. Si l’humanité voulait, une fois pour toutes, mettre son destin entre mes mains, je pourrais lui garantir le paradis sur terre. Mais je peux prédire qu’elle ne le fera jamais, ainsi, hélas, l’humanité, et pas par ma faute, devra rester dans le brouillard où elle est aujourd’hui." Kurt Schwitters


Schizophrénie moderne

 

On pourrait sans doute se réjouir de l’incroyable dynamisme de notre époque. Pourtant il apparaît que celui-ci déstabilise autant qu’il enrichit, et qu’il amène nos civilisations à des points de rupture. Si l’industrialisation propose de multiples avancées, elle provoque un désastre écologique, une modification de nos habitudes professionnelles, souvent perturbantes ou dévastatrices. Nous n’avons jamais autant détruit l’environnement, jamais autant déstabilisé le tissus social que dans le dernier demi siècle. Nous en arrivons ainsi à nous sentir déchirés entre deux tendances : nous adapter de manière volontaire et déterminée, et, paradoxalement, chercher à préserver des repères, des modes de fonctionnement dépassés mais indispensables à la survie sociale. Ce que montre notre rapport complexe à certaines questions ; la mondialisation, vécue comme une malédiction par les travailleurs et comme une bénédiction par les gérants de société, les actionnaires et une part des consommateurs… ou encore le développement internet, vecteur de liberté, d’échange, mais aussi de crise pour les mondes de l’édition, du disque et sans doute du cinéma…

Cette schizophrénie morale et sociale perturbe nos consciences et nos rapports à la société. Il apparaît difficile sinon impossible de savoir à la fois évoluer vite, de refuser un attachement durable à un métier, à un espace, une communauté et s’efforcer de préserver des valeurs et des fondamentaux immuables. D’intenses contradictions émaillent les discours et pensées des élites dirigeantes : ils ont l’étrange et difficile tâche de demander à leurs concitoyens de s’adapter économiquement, d’accepter délocalisations, précarisation et ils prétendent en même temps défendre acquis sociaux, salaires et bassins professionnels. Ils parviennent rarement à assumer cette tension dichotomique qui bouleverse notre début de siècle : repenser notre rapport au monde, aux valeurs et à la culture tout en s’efforçant de conserver les acquis de plusieurs siècles de civilisation.

Urszula Mikos

 

 

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