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LES FABRIQUES

 

Est-on aujourd’hui tellement certain que rien ne peut se passer en dehors de l’institution pour ne pas vouloir de lieux de recherche et de confrontation au public? Notre système théâtral est-il tellement brillant ou, plus vraisemblablement, tellement fermé sur lui-même qu’on choisisse de se débarrasser de tout espace de renouvellement? 

Le talent semble donc lié au lieu dans lequel on se produit… les moyens se transmettant souvent par voie directe… à l’assistant, au comédien, à la famille proche. Voila d’ailleurs bien longtemps que les professionnels se déplacent peu dans d’autres lieux que les lieux institutionnels. Comme d’ailleurs les critiques… Voila d’ailleurs quelque chose de simple et de rassurant : affirmer que le talent n’existe qu’en fonction de l’espace dans lequel on se produit… et qu’il existe trop de compagnies, de propositions pour ne pas passer par ce critère de sélection insuffisant et injuste. Une sorte de cercle vicieux indigne des moyens mis en œuvre.

Malheureusement le résultat d’une telle politique s’est rapidement dessiné : des lieux coûteux, répondant rarement aux attentes du public où l’on découvre des productions tout aussi coûteuses et révoltantes de médiocrité. Le public ne s’y trompe pas qui déserte de plus en plus les salles de spectacles. 

Si peu de pays possèdent autant de dispositifs pour encourager et accompagner la création, rares sont les territoires où l’énergie se perd aussi désespérément. Lorsque l’on ne joue dans les quelques lieux de la modernité reconnus, il semble presque impossible d’obtenir les moyens nécessaires.

Il serait sans doute urgent de réfléchir à de nouvelles manières d’utiliser les moyens publics. Mieux les répartir, encourager les petites structures de production et de diffusion capables d’aller au devant du public. S’interroger au moins sur les actions de ces espaces et les accompagner sérieusement, d’autant que leurs besoins sont limités pour une action souvent déterminée.

 

POUR QUEL THEATRE?

 

Une autre ambiguïté tient au rôle de la représentation… Si l’on n’assiste pas à la mise en valeur d’orgueilleuses constructions de baronnies culturelles, on n’a souvent que le choix du patrimonial, du commercial rassurant, souvent lié à une recherche déterminée du public. Des espaces réservés, contrôlés par quelques trop rares personnalités toutes puissantes – les rares renouvellements s’établissant dans le répertoire jeune public, les chantiers, le théâtre d’appartement, les collectifs encouragés puis rapidement abandonnés etc.  Il suffit d’ailleurs de jeter un œil aux magazines parisiens… là où l’on voyait autrefois un foisonnement de projets originaux, on découvre la déclinaison à l’infini  de «thèmes» mobilisateurs,  mais rarement dérangeants ou segmentant.

Pourtant, nous vivons dans une époque, de transition… et si l’on peut se demander si naîtra un monde renouvelé ou au contraire un chaos, le seul point dont nous pouvons restés convaincus, est que pour l’instant, cette image de monde futur apparaît confuse, floue et instable. Le théâtre représente se doit de représenter, d’interroger cette perdition, cette difficulté d’appréhender le monde; il peut révéler l’image de notre errance et questionner notre relation complexe avec un univers en perpétuelle mutation. 

On pourrait même dire qu’il ne se montre jamais aussi riche que lorsqu’il révèle la complexité de cette crise et la désintégration  mentale qui éloigne l’homme de toute patrie spirituelle structurante ou rassurante.

Le théâtre apparaît donc comme un acte total qui doit tenter de révéler tous ces phénomènes dans leurs densités, leurs associations et exige non seulement qualité de conception et d’analyse, mais surtout intuition et don d’observation… l’espoir du créateur étant d’attraper des moments d’évidence, d’illumination, de vision, de pressentiment afin de les traduire sur scène et de les cristalliser. 

Dans une époque timide, velléitaire, d’abord caractérisée par la dégradation des valeurs, par un individualisme forcené, un consumérisme irréfléchi, seuls les lieux de recherche se voulant alternatifs mais exigeants pourront tenter de proposer une création apte à rendre compte de l‘évolution de notre civilisation, apte à analyser ses rapports au monde ou à l‘histoire. Sans vouloir proposer un théâtre politique, il semble indispensable de valoriser des dramaturgies, des poésies constituant un véritable acte total, interrogeant notre réalité dans sa complexité, son ambiguïté 

 

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